Positionnement
Le Leopard 52 n’est pas un simple « 50 allongé ». Présenté en avant-première au Cannes Yachting Festival 2025, il remplace le Leopard 50 — un modèle iconique du chantier, vendu à près de 250 unités — comme vaisseau amiral de la gamme voile. Construit par Robertson & Caine au Cap et dessiné avec Simonis Voogd Design, il s’inscrit dans la même génération que le Leopard 46 : coques à étraves verticales, lignes nettes, et une architecture de vie pensée pour la double clientèle propriétaire / charter (The Moorings 5200 côté flotte).
Multihulls World souligne un basculement de marché : le propriétaire représente désormais environ la moitié des ventes Leopard, ce qui a poussé le chantier à revoir les plans de pont et les cabines (plus de lumière, plus de volume utile, moins de « coins d’équipage » rudimentaires). Yacht Style le résume comme la « reine de la polyvalence » : gréement plus puissant, layouts modulaires 3 à 6 cabines, et option de propulsion hybride diesel / électrique Joool.
Face aux Lagoon, Bali ou Fountaine Pajot de même gabarit, le 52 se distingue par un profil semi-flybridge plus bas (moins de prise au vent que les grands fly full), le cockpit avant signature Leopard, et un poste de barre semi-surélevé tribord très centralisé — un ADN reconnu dès le premier regard. En 2026, le modèle a été nommé Multihull of the Year et vainqueur de la catégorie Sailing Catamaran 14–18 m aux Yacht Style Awards.
Vie dehors
La vie outdoor s’organise autour de trois zones distinctes, un point que Multihulls World met en avant dès l’ouverture de son essai. À l’arrière : un grand dinette bâbord (table pour six, option table pliante qui s’aligne avec celle du carré) et un salon en L / zone barbecue tribord. Une plateforme hydraulique centrale optionnelle prolonge le pont, porte le tender et devient plage de baignade — Boatmart la juge quasi indispensable sur la liste d’options.
À l’avant, le cockpit sunken couvert, accessible par les passavants ou par la porte étanche du carré, reste la signature Leopard : assises abritées, grands bains de soleil, trampolines, et « tabourets » flottants aux coins avant. Le salon coachroof (semi-fly) offre canapé en L, table et sunpad : de l’espace social autour du barreur, avec moins de hauteur et de fardage qu’un full flybridge.
Le lien intérieur / extérieur a progressé par rapport au 50. Les panneaux vitrés de la baie coulissent et disparaissent côté tribord (sans montant central), pour ouvrir un flux banquet le long du bâbord entre table du carré et table de cockpit — environ 40 m² de surface de vie indoor-outdoor selon le constructeur, soit près de 440 sq ft selon Boatmart. C’est le cœur du programme « liveaboard + charter » : circulation fluide, réception, et possibilité de fermer vite quand le temps se dégrade.
En croisière
Côté chiffres constructeur (Robertson & Caine / Leopard) : LOA 15,75 m (15,8 m avec plateforme), LWL 15,31 m, bau 8,16 m, tirant d’eau environ 1,7 m (1,62 m selon certaines fiches Multihulls), déplacement lightship 20 517 kg, charge utile annoncée autour de 7 t, voilure totale 168,3 m², air draft environ 24,7 m (81 ft). Réservoirs : carburant ~900 L (238 gal), eau douce ~700 L (185 gal). Moteurs standard 2 × Yanmar 57 ch, option 2 × 80 ch ; alternative Joool hybride série (2 × 25 kW électrique, batteries lithium ~2 × 27 kWh, genset 24 kW, solaire jusqu’à ~1 600 W sur le roof).
Le gréement gagne un mât plus haut, une bôme plus longue et 17 % de surface au près par rapport au Leopard 50 — un argument récurrent côté constructeur et repris par Yacht Style comme Boatmart. Les essais mer (Yacht Style / Zuzana Prochazka, conditions dures Chesapeake : pluie, 18–22 kn de vent vrai) donnent environ 8,2–8,3 kn à 50° d’AWA, jusqu’à ~9 kn en rafales à 24 kn sans riser, et encore ~7,3 kn à 150° d’AWA par 14 kn. Boatmart situe cela autour de 45 % du vent vrai, cohérent pour un cat de croisière de ~20,5 t.
Le poste de barre semi-surélevé tribord concentre deux winchs électriques, jamcleats et électronique Garmin ou Raymarine : le brief short-handed (voire solo) affiché par Multihulls World. Visibilité correcte devant et sur le tribord ; pour l’angle arrière bâbord, il faut se pencher sous le roof. Sous moteur, les diesels suffisent pour un usage classique ; l’hybride Joool (non proposé en charter) vise autonomie énergétique, silence au mouillage et propulsion électrique jusqu’à ~6–8 kn sur batteries, le genset démarrant auto vers 40 % de SOC. Yacht Style note que l’hydro-régénération n’est réellement utile qu’à partir d’environ 9 kn — et qu’elle freine un peu sous voile.
À bord
Les layouts vont de trois à six cabines hôtes, plus une petite cabine équipage optionnelle en pointe bâbord. Version propriétaire : suite master sur les deux tiers de la coque tribord, avec descente dédiée, grand lit face avant, vanity et salle d’eau généreuse — Franck Baguil (Leopard) justifie auprès de Boatmart de ne pas « sacrifier » toute la coque au master sur un 50 pieds, pour garder une cabine VIP et de l’utilitaire. La coque tribord peut aussi passer en trois cabines ensuite.
Côté bâbord, le jeu d’options est large : grande cabine arrière avec accès cockpit (idéale équipage pro ou second master), cabine avant, et surtout utility rooms (avant et/ou arrière) pour pièces, provisions, lave-linge/sèche-linge — le « tiroir à bricoles » que les croiseurs longue durée réclament. Les versions 4, 5 et 6 cabines restent ensuite pour le charter, avec salles d’eau privatives.
Dans le carré : cuisine ouverte tribord avant, table pliante / pivotante, et table à carte dédiée face avant bâbord (repeater hybride si option Joool). Finitions contemporaines, grandes baies, options confort (lave-vaisselle, cave à vin, induction pour se passer de gaz). Le ton reste « maison flottante » plutôt que yacht custom carbone : volume, modularité et robustesse de flotte, avec un cran de luxe propriétaire si on charge les options.
À surveiller
Le tirant d’eau fixe autour de 1,70 m est relativement profond pour un cat à quilles fixes : Boatmart le classe parmi les points faibles, car il limite l’accès à certains mouillages tropicaux peu profonds que beaucoup de multicoques de croisière ciblent. Ce n’est pas un bateau « beachable ».
Il lui faut du vent pour s’exprimer : stable et rassurant par mer formée, mais un 20 t de croisière ne se déplace pas en brise légère comme un performance cat. Le chargement (7 t de capacité d’emport annoncée) est une force pour le liveaboard, mais un packing trop lourd d’options, d’eau et de stock peut vite émousser les 17 % de voilure gagnés.
Le prix grimpe vite : base souvent citée autour de 1,1 M$, versions chargées / électriques vers 1,5–1,8 M$ selon essais US (Boatmart). L’hybride ajoute de l’ordre de 150 k$ et n’est pas dispo en flotte charter. Enfin, la dualité propriétaire / charter multiplie les layouts : il faut un brief clair (couple long voyage vs famille vs gestion flotte) pour ne pas sur-cabiner ou sous-équiper le programme réel.
Verdict
Le Leopard 52 remplit le rôle de flagship polyvalent que le 50 avait installé, avec plus de voilure, plus de modularité de vie et une ouverture franche vers l’énergie hybride. Les essais presse (Yacht Style, Boatmart, Multihulls World) convergent : bateau stable, short-handed, socialement très réussi, plus agile sous toile qu’un volume de croisière pure ne le laisserait croire — sans prétendre au registre performance pure des Outremer, Balance ou Kinetic.
Pour un propriétaire qui veut vivre longtemps à bord, recevoir, enchaîner des passages, ou pour une flotte premium type Moorings, c’est une proposition cohérente et mature, ancrée dans l’expérience de plus de 3 000 bateaux construits par Robertson & Caine. Ce n’est pas le choix du tirant d’eau minimal, du plus bas prix au mètre, ni du multicoque de régate. C’est un outil de programme grand croisière / charter haut de gamme, désormais mieux armé sous voile et plus flexible en aménagements que son prédécesseur.
Sources principales pour cette synthèse : Leopard Catamarans et Robertson & Caine (specs officielles), Multihulls World (essai / positionnement flagship), Yacht Style (essai mer, layouts, hybride, awards 2026), Boatmart (notes d’essai, scores, prix, points forts / faibles), Sailboatdata (fiche technique consolidée).