Le chantier Outremer naît en juin 1984 à La Grande-Motte, quand Gérard Danson, jeune architecte passé par le chantier Conati, s'associe à Daniel Cailloux, le meilleur technicien de cette même structure, pour se lancer dans la construction d'un catamaran de 40 pieds, puissant et marin, destiné à la croisière hauturière. Danson a l'intuition que légèreté, coques fines et fardage réduit sont les éléments-clés qui garantissent les qualités marines d'un multicoque de voyage — une conviction fondatrice qui restera la colonne vertébrale de la marque. La dynamique est immédiate : un second bateau est déjà en construction avant même le lancement du premier, et le nom Outremer, littéralement « au-delà des mers », s'impose comme identité de la jeune entreprise.
Les modèles suivants, le 40 puis le 43, installent ce que la marque appellera plus tard le « standard Danson » : des poids à vide très contenus, autour de 4,3 tonnes, pour une conception sans compromis sur la vitesse et la sécurité. Les équipages Outremer enchaînent les bons résultats sur les grandes routes transocéaniques — Transat anglaise, Transat des Alizés, OSTAR, ARC —, construisant la réputation d'un chantier taillé pour le grand large. À partir de 2000, le 45 Danson devient le modèle phare, avec 39 coques produites ; l'unité engagée par Didier Levillain remporte l'OSTAR la même année. Le succès entraîne l'agrandissement des ateliers, le renforcement des équipes et la création d'un bureau d'études dédié : des familles entières commencent à voir dans le catamaran Outremer une alternative sûre pour les longs voyages, au-delà du seul cercle des régatiers.
Le décès de Gérard Danson en 2005 referme la première époque du chantier. Deux ans plus tard, en 2007, le groupe Grand Large Yachting — fondé en 2003 par Xavier Desmarest et Stephan Constance, déjà propriétaire de la marque Allures — reprend Outremer et relance la production en s'entourant des meilleurs architectes navals spécialisés dans le multicoque. L'Outremer 49, dévoilé en 2009, incarne ce renouveau : infusion complète de la structure, équilibre de carène revu, espaces de vie de plain-pied et visibilité à 360 degrés depuis le poste de barre. Le rythme s'accélère avec le 51 en 2013, qui dépassera les cinquante unités vendues, puis la refonte du 45 en 2014, dessinée avec le cabinet Barreau-Neuman et le designer Patrick Le Quément, pensée pour les équipages en couple.
Sous l'impulsion de Grand Large Yachting, qui rassemble par ailleurs Garcia Yachts depuis 2010, Gunboat depuis 2016 — dont la production a été rapatriée à La Grande-Motte — et RM Yachts depuis 2020, le site héraultais est devenu l'un des pôles français majeurs du multicoque de série, avec plusieurs centaines de salariés partagés entre les marques du groupe. La gamme actuelle s'échelonne du 45 et du 4X, autour de 14,5 mètres, jusqu'au 64, vaisseau amiral de 20,5 mètres, en passant par le 48, le 52 et le 57 ; un nouveau 48 dessiné par VPLP a été présenté en 2026. Le chantier revendique environ 400 catamarans lancés depuis 1984, naviguant aujourd'hui dans le monde entier, une présence dans une quinzaine de pays et un taux d'export d'environ 70 %.
Cette trajectoire reste fidèle à une doctrine assumée dès l'origine : sécurité, fiabilité, performance, confort et plaisir, dans cet ordre de priorité, plutôt que la recherche du volume habitable à tout prix qui caractérise une partie du marché du catamaran de croisière. Les coques restent fines et longues, taillées pour maintenir une vitesse moyenne élevée sur plusieurs jours de mer plutôt que pour battre des records de vitesse de pointe, ce qui autorise selon le chantier une navigation à un seul moteur par mer calme et une meilleure autonomie. Sur le plan structurel, Outremer met en avant des choix qui tranchent avec l'infusion sandwich généralisée sur le marché : caissons de survie remplis de mousse à l'avant, fonds de coque en résine monolithique épaisse jugés plus résistants à l'impact, puits de safran « fusibles » conçus pour se sacrifier plutôt que de compromettre la coque. Le chantier revendique une durée de vie de conception de plus de 50 ans, avec des systèmes pensés pour rester accessibles et remplaçables tout au long de la vie du bateau.
L'histoire récente du chantier porte aussi la marque de propriétaires devenus dirigeants : en 2018, Stéphane Grimault, ancien cadre dirigeant chez Reebok, Converse puis New Balance, rejoint la direction générale d'Outremer à l'initiative de Xavier Desmarest, après avoir lui-même possédé quatre Outremer et bouclé un tour de l'Atlantique en famille à bord de son 4X. Sa feuille de route — zéro défaut à la livraison, réduction des délais de production, montée en cadence de 17 bateaux construits en 2017 vers un objectif de 24 à 26 unités par an — a accompagné la croissance du chantier. Le groupe Grand Large Yachting affiche par ailleurs une démarche RSE volontariste, transversale à toutes ses marques, dans un secteur nautique de plus en plus interrogé sur son impact environnemental.